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Adaptation au froid : les bacteries intestinales peuvent faire la différence

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Adaptation au froid : les bacteries intestinales peuvent faire la différence

Daniele Guido · Department of Cell Physiology and Metabolism, University of Geneva, Switzerland7 septembre 2016 · 3 min de lecture

Si l'on vous disait que notre corps contient des milliards de bactéries, vous penseriez certainement qu'on se moque de vous, mais c'est pourtant vrai! Il est prouvé que les microbes colonisent toutes les parties du corps exposées à l'environnement extérieur (comme la bouche et la peau), la plupart se trouvant dans l'intestin. Les scientifiques désignent l’ensemble des micro-organismes présents dans notre tractus intestinal sous le nom de microbiote intestinal. Il est important de noter que le microbiote intestinal n'est pas un groupe fixe de micro-organismes, mais que sa composition peut varier selon plusieurs facteurs tels que l'alimentation, l'âge, la santé ou la prise d'antibiotiques.

Au cours des vingt dernières années, l'intérêt des scientifiques pour l'étude de l'interaction entre le microbiote intestinal et notre organisme s’est accru. Il est maintenant clair que le microbiote, aussi appelé "l'organe oublié", joue un rôle majeur sur notre état physiologique et pathologique. Le microbiote intestinal remplit des fonctions diverses, notamment pour l’apport d'énergie et d'informations nécessaires à la maturation du système immunitaire. Une corrélation a été établie entre un déséquilibre de la communauté microbiotique, ou dysbiose, et le développement de différentes pathologies comme les maladies auto-immunes, les allergies, l'obésité et le diabète. Cependant, les mécanismes biologiques et les facteurs qui régissent les effets du microbiote sur le métabolisme humain sont encore mal compris.

Récemment, des chercheurs du laboratoire du Dr. Trajkovski ont décrit comment l'exposition au froid entraîne une modification spécifique de la composition du microbiote intestinal, favorisant l'absorption d'énergie. Après avoir exposé des souris de laboratoire au froid pendant 10 jours, ils ont détecté une augmentation de la consommation d'énergie et une diminution de la masse corporelle. Contre toute attente, malgré la stabilité de la dépense énergétique et de l'apport alimentaire, la perte de graisse a diminué au fil du temps, ce qui a poussé les chercheurs à étudier les effets d’une exposition prolongée au froid. En particulier, en se concentrant sur la composition du microbiote intestinal, ils ont pu observer un passage du "microbiote chaud" au "microbiote froid" après 30 jours d'exposition au froid. En outre, la transplantation du "microbiote froid" chez des souris nées sans micro-organismes internes ou externes (appelées souris sans germes) a suffi à induire les changements métaboliques nécessaires pour rendre ces souris plus résistantes au froid. Les chercheurs ont démontré que les effets mentionnés ci-dessus ont été favorisés par le brunissement des dépôts de graisse blanche, provoqué en partie par le changement de la composition du microbiote.

De plus, ils ont examiné en détail l'effet de l'exposition au froid sur l'intestin. Après une exposition prolongée au froid, les chercheurs ont observé une augmentation considérable de la surface intestinale, améliorant ainsi la capacité des souris à tirer de l'énergie de la nourriture. Cette amélioration de l'absorption d'énergie explique la stabilisation de la masse corporelle des souris malgré l'augmentation de la consommation d'énergie lorsqu'elles sont exposées au froid. étonnamment, ils ont également observé qu'une espèce de bactéries en particulier, Akkermansia muciniphila, est presque totalement absente du microbiote froid et que sa transplantation chez les souris conduit à la perte complète de leur capacité à améliorer l’absorption d'énergie et à augmenter la surface intestinale.

Il devient clair que la relation entre l'hôte et le microbiote intestinal joue un rôle central dans la régulation des conditions physiologiques et pathologiques. Dans leur publication, les chercheurs émettent l'hypothèse que la coévolution entre l'hôte et le microbiome ait pu jouer un rôle au cours des périodes de demande énergétique accrue, comme l'hiver, où des changements dans la composition du microbiote intestinal étaient nécessaires pour augmenter l'absorption calorique des aliments. Le groupe de Trajkovski a pu montrer que cette augmentation est en partie due à l'expansion de l'intestin. De plus, une souche du microbiote intestinal, Akkermansia muciniphila, inverserait certains des avantages de l'exposition au froid, représentant ainsi le premier exemple de symbiose capable d'affecter l'utilisation de l'énergie par l'organisme.

Traduit par TranslationBunny, Bunny Inc.

DG
Daniele Guido
Breaker

PhD student, Department of Cell Physiology and Metabolism, University of Geneva, Switzerland

Licence: CC BY 4.0