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Courir une fois par jour protège contre… le cancer!

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Sante & Physiologie

Courir une fois par jour protège contre… le cancer!

Per thor Straten · Centre for Cancer Immune Therapy, Copenhagen University Hospital Herlev, Denmark5 mai 2016 · 4 min de lecture

On sait depuis longtemps qu’adopter un mode de vie sain, et notamment pratiquer régulièrement une activité physique, contribue à protéger contre le diabète et les crises cardiaques. L'exercice physique aide de plus à réduire d'autres facteurs de risque de maladies majeures, comme l'obésité et l'hypertension artérielle. On suppose également que l’exercice physique confère une certaine protection dans le cas du cancer, mais sans savoir exactement dans quelle mesure, pourquoi ou comment.

Nous avons récemment entrepris d'étudier si l'exercice physique pouvait avoir une incidence sur le développement et la croissance tumorales chez la souris. Lorsque l'on souhaite utiliser un modèle animal pour étudier le rôle potentiel de l'exercice physique, il est bien évidemment crucial de s’assurer que l'animal en question soit prêt à pratiquer de lui-même une certaine quantité d’exercice physique. Si l’on dispose une simple roue dans sa cage, une souris va volontairement courir entre 4 et 8 kilomètres par nuit, suggérant donc qu’elle constitue un bon modèle pour ce type d’étude.

Nous avons adopté plusieurs approches pour essayer de comprendre le rôle de l'exercice physique dans le cas du cancer: tout d'abord, nous avons infecté des souris avec des cellules de cancer de la peau (aussi appelé mélanome) ou du poumon; dans les deux cas, nous avons observé un ralentissement significatif de la croissance tumorale chez les animaux pratiquant un exercice physique. Nous avons ensuite étudié si l'exercice physique pouvait réduire le risque de développer un cancer de novo. Là encore, les souris pratiquant un exercice physique présentaient un risque visiblement réduit de développer un cancer. En outre, les tumeurs tout de même apparues chez ces souris étaient plus petites.

L'exercice physique a ainsi vraiment eu un impact stupéfiant à la fois sur le développement et la croissance tumorale! Mais à quoi cela est-il dû?

On pense souvent que les tumeurs sont uniquement formées de cellules cancéreuses; en réalité, elles comprennent de nombreux types cellulaires différents, y compris des cellules du système immunitaire. Fait intéressant, les tumeurs qui se sont développées chez les souris pratiquant un exercice physique contenaient beaucoup plus de cellules immunitaires, et en particulier de cellules appelées cellules tueuses naturelles, ou cellules NK. Nous avons démontré que ces cellules NK jouent un rôle clé dans l’effet anti-tumoral de l’exercice physique: celui-ci est en effet supprimé chez des souris dépourvues de ce type cellulaire.

Mais comment la pratique d’une activité physique entraîne-t-elle une augmentation du nombre de ces cruciales cellules NK?

L'exercice physique induit la sécrétion d'un grand nombre de molécules, parmi lesquelles une hormone appelée adrénaline. Celle-ci exerce sa fonction en interagissant avec des récepteurs particuliers, appelés récepteurs ß-adrénergiques. Lorsque nous avons bloqué cette interaction, nous avons observé que l’exercice physique n’entraînait plus d’augmentation du nombre de cellules NK et que son effet anti-tumoral était supprimé.

Nous avons donc mis à jour l’enchaînement des événements permettant le contrôle de la croissance tumorale par l’exercice physique: (i) l’exercice physique entraîne la sécrétion d'adrénaline; (ii) l'adrénaline interagit avec les récepteurs ß-adrénergiques (au niveau de la rate); (iii) les cellules NK sont mobilisées et pénètrent dans la circulation sanguine; (iv) transportées par le sang, les cellules NK infiltrent les tumeurs où elles tuent les cellules cancéreuses et attirent encore davantage de cellules immunitaires.

Ce mécanisme s’applique-t-il chez l’homme? Nous pensons que oui, même si cela n’a pas encore été démontré. En effet, nous savons que la pratique d’une activité physique conduit également à l'augmentation du nombre de cellules NK chez l’homme, et pourrait ainsi jouer un rôle dans la prévention du cancer.

Etudier un tel phénomène chez l'homme n'est pas simple car il faut de nombreuses années pour qu’une tumeur se développe; ce processus est donc influencé par de nombreux facteurs différents. Une possibilité consisterait à prélever des biopsies tumorales avant et après un exercice physique. Une augmentation du nombre de cellules NK après l’exercice, comme c’est le cas chez la souris, suggérerait fortement que l’activité physique aurait aussi un impact chez l'homme.

La pratique régulière d’un exercice physique pourrait ainsi potentiellement prévenir, ou du moins retarder, l’apparition du cancer chez l’homme - le temps nous le confirmera. Mais pourrait-elle également avoir un impact immédiat sur les patients atteints de cancer et les traitements qui leur sont proposés?

Et bien peut-être. Plusieurs nouveaux traitements nécessitent un système immunitaire fonctionnel pour être efficaces, et il a été démontré que les patients ayant des tumeurs "riches en cellules immunitaires" sont plus enclins à bénéficier de ces traitements. D’importants efforts sont donc entrepris pour trouver le moyen d’augmenter le nombre de cellules immunitaires présentes au sein des tumeurs. Si l’exercice physique remplissait ce rôle, il permettrait probablement d’avoir une meilleure réponse au traitement.

Il est évident que l’exercice physique est bon pour la santé. Mais avec le potentiel décrit ci-dessus, la pratique d’une activité physique pourrait bientôt devenir partie intégrante des programmes de soins contre le cancer; au delà de son importance pour une vie longue et saine, il semble ainsi également permettre d’optimiser les traitements anti-cancéreux.

Traduit par Dr. Margot Riggi, Scientific Editor, TheScienceBreaker

Article original

Pedersen, L., Idorn, M., Olofsson, G., Lauenborg, B., Nookaew, I., Hansen, R., Johannesen, H., Becker, J., Pedersen, K., Dethlefsen, C., Nielsen, J., Gehl, J., Pedersen, B., thor Straten, P. and Hojman, P. (2016).Voluntary Running Suppresses Tumor Growth through Epinephrine- and IL-6-Dependent NK Cell Mobilization and Redistribution. Cell Metabolism, 23(3), pp.554-562.

PS
Per thor Straten
Breaker

Professor, Centre for Cancer Immune Therapy, Copenhagen University Hospital Herlev, Denmark

MI
Manja Idorn
Breaker

PhD student, Centre for Cancer Immune Therapy, Copenhagen University Hospital Herlev, Denmark

Licence: CC BY 4.0