L'histoire de nos compagnons à fourrure ne date pas d’hier. Comment se sont-ils répandus dans le monde entier ?
Quand les animaux ont été domestiqués, ils ont acquis une protection contre la famine, les prédateurs et les maladies, mais ont perdu leur liberté. Ceci est très bien illustré par l’exemple du chien, premier animal à avoir été domestiqué, et qui est très différent de son ancêtre, le loup, en termes de comportement, de morphologie et de physiologie, ce qui est aussi visible à l’examen de son génome. Mais qu'en est-il du chat domestique qui, dans de nombreux cas, est encore difficile à distinguer des chats sauvages, ce même au niveau génomique, et dont le comportement n’est pas non plus très différent de celui des chats sauvages?
Il ressort de l’analyse de l’ADN mitochondrial des chats modernes que tous les chats domestiques, même les sauvages, sont issus du chat sauvage nord-africain F.s. lybica, également présent dans le sud-ouest de l’Asie. Il s'agit de la région où les humains ont commencé à domestiquer des plantes, à se sédentariser et à cultiver, au Néolithique. Ils ont aussi commencé à domestiquer les animaux qu’ils chassaient et mangeaient, comme le mouton, la chèvre et le cochon. La découverte archéologique d’un squelette de chat dans la tombe d’un enfant datant d’environ 9.500 ans à Chypre suggère que ce sont les premiers agriculteurs du Néolithique qui y ont apporté le chat avec eux. Cela suggère également que les chats avaient déjà été attirés dans l’environnement humain à cette époque, vraisemblablement par l’intermédiaire des rongeurs prospérant dans les réserves de céréales accumulées par les agriculteurs qui sesont sédentarisés, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, dans le Croissant fertile. Les rongeurs détruisent la récolte non seulement en s’en nourrissant, mais aussi en la polluant avec leurs excréments. De plus, ils rongent les matières organiques, comme celles constituant les cordes des bateaux ou les pièces en cuir des armes Les chats chassant ces animaux, ils libéraient ainsi les agriculteurs de ces perfides parasites. Une relation de bénéfices mutuels s’est donc établie entre les deux parties.
Nous avons effectué une analyse paléogénétique de l’ADN mitochondrial issu des restes de plus de 300 chats datant des dernières 10.000 années et retrouvés en Europe, en Asie du Sud-Ouest et en Afrique du Nord. Le motif phylogéographique des chats a changé à partir du Néolithique, ce qui confirme l’hypothèse selon laquelle les mouvements d’animaux générés par les agriculteurs de cette période indique un processus de domestication précoce. En effet, le lignage de l’ancien chat sauvage F.s. lybica originaire d’Asie Mineure a également été retrouvé dans des restes plus récents provenant du sud-est de l’Europe ainsi que du sud-ouest de l’Asie, où l’on sait, grâce à des données archéologiques, que des agriculteurs originaires de la même région avaient émigré ultérieurement.
De nombreux archéologues ont été pendant longtemps convaincus que le chat avait été domestiqué en égypte en raison du rôle particulier que les chats avaient joué dans l’égypte ancienne. Cela avait été déduit de l’observation de tombes et de statues, mais aussi de descriptions d’écrivains gréco-romains comme Hérodote. De fait, jusqu’à présent, l'abondante iconographie égyptienne constituait la source la plus importante d’informations sur la place prépondérante allouée aux chats dans l’égypte ancienne, ou ils étaient adorés et vénérés. En raison de ce statut particulier, il n'a pas été très surprenant de découvrir un lignage mitochondrial particulier dans des restes de chats égyptiens datant du 1er millénaire av. J.-C. Nous avons par contre été étonnés, de voir ce lignage se répandre très rapidement et efficacement, en l’espace de quelques siècles, jusqu’à un site viking sur la mer Baltique. A l’époque romaine, le lignage local n'était plus majoritaire en Asie Mineure, mais avait été surpassé par le lignage égyptien. En outre, nous avons découvert le lignage mitochondrial du chat sauvage d’Asie centrale et du sud dans des restes provenant d’un port romain en égypte. Ce port, situé sur la mer Rouge, est connu pour ses liens commerciaux très étroits avec l’Inde.
En regroupant ces différents indices, nous sommes arrivés à la conclusion que la dispersion des chats a dû avoir lieu principalement par bateau, soit qu'ils aient embarqué eux-mêmes ou bien qu’ils aient été emmenés par les marins pour protéger la réserve de nourriture ou les cordes des rongeurs. Il est possible qu’ils aient été récompensés par des gourmandises nouvelles, comme le poisson. Par conséquent, les chats semblent avoir conquis le monde par la mer - une conclusion que l’on n’aurait pas pu tirer sans l’analyse de tant d’échantillons !
Nous avons aussi pu ajouter une pièce supplémentaire au puzzle de l’histoire de la domestication des chats en analysant le motif de leur pelage : tandis que tous les chats sauvages sont rayés, beaucoup de chats domestiques ont au contraire tâchetés. Selon nos échantillons, le gène responsable de ce motif est apparu après le 13ème siècle ap.J.-C et s’est répandu depuis l’Asie Mineure vers tout l’Empire Ottoman. Ceci est une preuve en faveur de l’hypothèse selon laquelle les chats n’avaient pas beaucoup évolué depuis le début de leur cohabitation avec l'homme, mais qu'ils ont plutôt continué à être des chasseurs indépendants, quasi sauvages, à la seule différence qu'ils ne fuient pas à la vue des humains.
Traduit par TranslationBunny, Bunny Inc.
Article original
Ottoni, C. et al. The palaeogenetics of cat dispersal in the ancient world. Nature Ecology & Evolution (2017).
DOI: 10.1038/s41559-017-0139Research Director, National Research Center CNRS, Jacques Monod Institute, University Paris Diderot, 15 rue Helene Brion, 75013 Paris, France
Research Director, National Research Center CNRS, Jacques Monod Institute, University Paris Diderot, 15 rue Helene Brion, 75013 Paris, France
Editeur: Massimo Caine


