Un nouveau type d’humain, Homo floresiensis, a été découvert par surprise en 2003 par une équipe archéologique australo-indonésienne qui essayait de découvrir les origines des premiers Australiens. Ils se sont concentrés sur la grotte Liang Bua, sur l’île Flores, en Indonésie. Au lieu de trouver des os d’hommes modernes, ils ont fait une découverte sans précédent. Dans la profondeur de l’excavation se trouvaient les os d’un grand nombre d’individus très différents et très petits, datant d’entre 60 000 et 100 000 ans. Ces os représentent une nouvelle espèce appelée Homo floresiensis.
14 ans après, nous en connaissons beaucoup sur l’Homo floresiensis. Les individus étaient petits (environ 1 mètre de hauteur), ils avaient un petit cerveau de 426 cm3 (le nôtre mesure en moyenne entre 1 300 et 1 500 cm3) et des fronts inclinés vers l’arrière. Pourtant, ils possédaient un cortex frontal étendu. Cela signifie qu’ils pouvaient faire des choses intelligentes telles que planifier, apprendre de leurs erreurs et transmettre des informations de génération en génération. Ils n’avaient pas de menton, et à sa place il y avait des structures similaires à celles des singes à l’intérieur de la mâchoire. Les os du poignet étaient eux aussi similaires à ceux des singes. Les bras étaient relativement longs et leurs épaules étaient haussées et penchées en avant. Cette espèce marchait debout, mais sa marche était certainement bizarre puisque ses pieds étaient plutôt longs par rapport à ses jambes. Ils devaient lever les pieds plus haut que nous pour les séparer du sol.
Le mystère est donc : quelle est la place de cette espèce dans l’arbre de l’évolution humaine ? Deux hypothèses ont été proposées au départ :
1) Que l’Homo floresiensis était le descendant nain d’une population d’Homo erectus qui a évolué sous des conditions d’isolement sur une petite île (la « règle de l’île »).
La « règle de l’île » stipule que la taille corporelle des mammifères est altérée lorsqu’une population fondatrice atteint une île, se sépare sur le plan reproductif de son groupe d’origine continentale et fait face à un environnement différent de celui de ses cousins continentaux. Par exemple, une taille corporelle plus petite pourrait être la réponse évolutive à un approvisionnement alimentaire limité et, à l’inverse, un corps plus grand pourrait avoir lieu en absence de prédation. L’Homo erectus est la seule espèce d’hominidés connue d’Indonésie. Elle est beaucoup plus grande que l’Homo floresiensis et a vécu à Java il y a 1,5 millions d’années. Il n’existe pas de traces d’Homo erectus à Flores, mais il est vrai que Flores est relativement inconnue au niveau archéologique.
2) Que l’Homo floresiensis était issu d’un lignage précoce d’Homo, similaire aux espèces connues d’il y a environ 2 millions d’années en Afrique qui étaient relativement petites. Ceci impliquerait qu’une population fondatrice inconnue d’hominidés archaïques est arrivée à Flores. Jusqu’à très récemment, nous n’avions pas d’indication qu’une espèce d’hominidés petits soit arrivée à Flores, mais en 2016 des archéologues à Mate Menge, à environ 74km de la grotte Liang Bua, ont découvert la mâchoire partielle d’un individu adulte, similaire à celle de l’Homo floresiensis, mais plus petite, et quelques dents qui datent d’environ 700 000 ans.
Nous avons testé les deux hypothèses en comparant les caractéristiques du crâne, des mâchoires, des dents, des épaules, des bras et des jambes de l’Homo floresiensis avec celles de l’Australopithecus afarensis, A. africanus, A. sediba, H. habilis, H. ergaster, H. georgicus, H. naledi, H. erectus, H. floresiensis et H. Sapiens. C’est la première fois que la question H. Floresiensis était abordée en utilisant une approche de type «corps entier». Les travaux les plus anciens s’étaient concentrés sur le crâne, les mandibules et les dents.
Nos résultats ont montré que l’Homo floresiensis et l’Homo habilis étaient étroitement liés. L’espèce Homo habilis, connue seulement en Afrique, date d’environ 1,4 à 1,8 millions d’années. L’Homo floresiensis et l’Homo habilis sont des « espèces sœurs » dans notre arbre phylogénétique, ce qui signifie que vraisemblablement ils partageaient un ancêtre commun immédiat. De l’autre côté, l’Homo erectus est une espèce sœur de l’africain de l’Est Homo ergaster, datant de 1,5 millions d’années. C’est à dire que l’Homo floresiensis et l’Homo erectus ne sont pas du tout liés. Dans des tests additionnels que nous avons menés, nous n’avons pas trouvé de preuve statistique en faveur d’une relation phylogénétique proche entre ces deux espèces.
L’Homo floresiensis était une population relique descendue d’un lignage inconnu de petits hominidés datant d’environ 2 millions d’années, qui a vécu à un demi-monde de distance. Cela constitue une diffusion des hominidés hors de l’Afrique plus tôt que ce que nous pensions, et nous envisageons maintenant la perspective alléchante de trouver, un jour, l’Homo floresiensis en Afrique.
Traduit par TranslationBunny, Bunny Inc.
Article original
Argue, D. et al. The affinities of Homo floresiensis based on phylogenetic analyses of cranial, dental, and postcranial characters. Journal of Human Evolution (2017).
DOI: 10.1016/j.jhevol.2017.02.006Postdoctoral Research Fellow, School of Archaeology and Anthropology, College of Arts and Social Science, Australian National University, Canberra, Australia
Editeur: Massimo Caine


